Ça avait commencé avec le défi le moins original et le plus vieux du monde.

– « Allez Alma, t’as la frousse ou quoi ? » Ne cessai de répéter Randy depuis qu’il avait trouvé cette soi-disant superbe idée.

En plus, il avait ce stupide sourire narquois imprégné sur la face, le genre de rictus qui vous donnait envie de devenir incroyablement violente. Le pire c’est qu’il croyait au plus profond de sa petite cervelle de moineau qu’il était en train de révolutionner les plus vieilles institutions des challenges et des canulars.

– « Laisses-la tranquille », minauda Liz en battant des cils.

J’adorais cette fille, il n’y avait rien à redire là-dessus. C’était un ange. Et je ne faisais pas référence à ses cheveux d’un blond si clair et étincelant qu’il devait pouvoir remplacé un phare sur la côte au bout milieu d’une nuit sans lune, ou bien de sa silhouette déliée, de sa peau semblable à du cristal ou encore de ses yeux bleus comme un ciel d’après-midi en été. A ce niveau-là, me direz-vous, il en existait d’autres spécimens du même type à côté de chez vous. Non, en réalité, je faisais référence à sa bénignité légendaire, reconnue et louée par l’ensemble de la communauté (autrement dit par les habitants de ma petite ville déprimante), et qui devenait bien souvent débonnaire, surtout en la présence d’énergumène louche comme Randy. Lui, au contraire, il cultivait l’art de l’ignominie et m’inspirais tout ce qui touchait au domaine du délétère et de la sournoiserie. Il allait donc de soit qu’il n’avait rien à voir avec Liz. Et elle me rendait littéralement folle lorsqu’elle essayait de trouver des excuses à tous les coups farfelus et pernicieux qu’il orchestrait à longueur de journée.

Mais pour en revenir à Liz battant des cils, j’adorais cette fille, il n’y avait aucun doute là-dessus… Sauf lorsqu’elle se laissait manipuler et embarquer dans les sales coups de Randy. Pourquoi ne pouvait-elle pas éviter ce crétin ? Je faisais des insomnies rien qu’à l’idée que ce serpent réussisse à corrompre l’ange blond de la ville et qu’il l’entraîne dans l’un de ses cloaques malfaisants !

J’avais peut-être tendance à exagérer tout ce qui tournait autour de Randy, c’est vrai… Mais n’empêche que si Liz ne se retrouvait pas constamment à traîner dehors avec lui, je ne serais pas obligée de le supporter et de nourrir un dégoût insensé à son égard. Il me rendait paranoïaque et excessive ! Probablement une conséquence de son influence nocive… (Voyez  : ceci est une preuve !)

 – « Sérieux Randy ? T’as quelle âge ? » Rétorquai-je en tentant de l’exterminer à grand renfort de regards mitrailleurs. Rien n’y fit. Il se mit même à ricaner.

– « Très bien, très bien, Alma… Mais tu me déçois. Je te croyais plus courageuse », remarqua-t-il dans un dernier espoir pour m’énerver et me faire accepter.

Au cœur du conflit : la vieille plantation de la grand-mère de Liz, une vieille femme recluse et solitaire que personne n’apercevait en ville plus d’un fois par an. Et personne ne risquait plus de la croiser d’ailleurs, puisqu’elle était décédée il y a trois jours. Les parents de Liz en avaient hérité mais ils espéraient surtout pouvoir se débarrasser des affaires superflus de feu maman/belle-maman et de la revendre si possible à un bon prix. Liz était un ange plein de sensibleries et de petites attentions : pas ses parents. Allez savoir comment ces gens avaient fais pour avoir une fille aussi adorable… Mais le véritable enjeu de l’histoire était que cette plantation était inscrite dans les légendes de notre petite ville comme étant l’un des endroits les plus hantés au monde (je devais tenir mon sens de l’exagération de ma bourgade tout compte fait), comme si la grand-mère de Liz aurait continué de vivre là-bas sachant qu’elle devait vivre en colocation avec des esprits. C’était absurde. C’était encore des histoires à dormir debout.

Bref. Tout ça pour en venir à l’incroyable idée de Randy : « défions Alma de passer une nuit toute seule dans la demeure aux allures fantomatiques et aux sordides histoires de revenants remontant au temps de l’esclavage ». Brillant. Et c’est à peine si Randy avait demandé à Liz la permission de mettre son plan à exécution, plan qui consistait à lui réclamer la clé de la demeure puis de me la donner pour que je serve de cobaye et qu’il voit si je sortais vivante ou non de cette nuit au cœur des forces occultes. Et tout ce qu’il avait à faire c’était débarquer le lendemain matin, juste au levée du soleil, pour constater que j’y avais passé la nuit : j’étais prête à parier que jamais il ne s’en serait donné la peine.

Et allez savoir pourquoi, j’ai finalement dis oui…

C’est ainsi que je me suis retrouvée dans l’allée de la plantation, une grosse clef en métal rouillé à la main et mon sac de « camping » sur l’épaule droite. J’avais emmené mon ordinateur portable, histoire de m’occuper en profitant des deux heures d’autonomie de la batterie pour regarder le dernier Paranormal Activity. Je ne comptais évidemment pas sur la présence de prises électriques ou même d’électricité en général, ayant compris que la grand-mère de Liz vivait encore aux XIXe siècle, si bien que je m’étais armée de trois lampes de poches (juste au cas où) avec deux boîtes de piles de rechange (vraiment le strict minimum). Le tout accompagné des mets les plus caloriques de ma cuisine, j’étais fin prête à affronter cette terrible maison hantée !

Sauf qu’en arrivant vers l’entrée, j’ai bien faillis m’enfuir en courant lorsque je suis tombée nez-à-nez avec un parfait inconnu. En fait, je ne me suis pas réellement retrouvé face à lui puisqu’il était penché au-dessus d’un plant de rosiers rouge vif, une paire de ciseaux géants entre les mains. Il n’était pas de la première jeunesse, c’était clair, il avait la mine renfrogné et le dos courbé – même en dehors du fait qu’il était penché. Comme il ne réagit pas à ma présence, je fis comme si j’étais censée être ici.

 – « Je suis une… cousine. Je dois donner un coup de main pour le déménagement et je viens jeter un coup d’œil », lançai-je d’un air pseudo nonchalant.

C’était étrange de se pointer à 8h du soir pour « jeter un coup d’œil » à la maison d’une grande-mère décédée mais je n’avais rien trouvé de mieux et de toute façon, il allait bien finir par partir ! Il ne saurait jamais que j’y avais passé la nuit. Liz ne m’avait même pas dis que ses parents continuaient de payer un jardinier… Du moins, j’espérais que quelqu’un continuait de le payer ?

Comme toute réponse, j’eus le droit à un grognement indifférent. J’aurais pu débarquer avec Liz, Randy et sa petite bande de joyeux dégénérés, ça ne lui aurait fais ni chaud ni froid. Je haussai les épaules et finis par pénétrer dans l’imposante demeure. Je sortis une lampe de poche et fis le tour du propriétaire : cette maison semblait encore plus grande de l’intérieur. Au rez-de-chaussée, les salons à la tapisserie épouvantable et aux meubles antiques se succédaient ; à l’étage, c’étaient les chambres aux lits croulant sous des couches de literies tout aussi esthétiquement remarquable que le papier peint fleuris des murs. Et bien évidemment, pas d’électricité. Ce qui s’en rapprochait de plus étaient des lampes à pétrole dont je ne saurais même pas me servir. Finalement, cet endroit commençait à m’effrayer : je venais de découvrir la machine à remonté le temps et ce n’était pas beau à voir !

Je finis par choisir une chambre où le parquet grinçant et usé croulait le plus sous la poussière, m’évitant ainsi la morbide expérience de passer une nuit dans le lit de la défunte propriétaire. Puis j’empilai au fond de l’armoire vide quelques unes des couches de draps et couvertures recouvrant le lit, m’installai sur le matelas et sortis mon ordinateur, prête à passer la soirée.

Ce défi était un jeu d’enfant, pensai-je, Randy devait être à court d’idées…

J’étais à moitié endormie, à la limite entre le rêve et la réalité quand j’entendis un bref grincement de parquet, suivie d’un courant d’air froid à peine perceptible qui glissa sur ma peau comme le léger effleurement de la… main. Je sursautai et me redressai en regardant partout autour de moi, à l’affût du moindre mouvement, de la moindre ombre au bout de laquelle je pourrais y trouver quelqu’un. Mais je ne vis rien. J’étais seule.

Je m’apprêtais à me rallonger en me répétant que j’en aurais bientôt fini avec ce stupide défi lorsque je me rendis compte que mes affaires avaient disparu. Mon ordinateur que j’avais laissé sur le lit ainsi que mon sac à dos normalement posé au pied de l’armoire : disparu. Cette fois-ci, je sautai du lit et sortis en vitesse de la chambre. Randy était là. Peut-être même avec ces crétins de copains. C’était évident à présent ! Il savait que j’étais capable de passer une nuit dans une soi-disant maison hanté. Il n’allait pas attendre le matin pour venir constater que j’avais relevé son défi, non… Cela n’avait jamais été son but. Ce qu’il voulait, c’était m’attirer ici et ramener toute sa bande pour tenter de me terroriser et de me faire partir de la plantation en hurlant de terreur. J’aurais dû m’en douter !

J’entendis derechef le grincement aigu du parquet, cette fois-ci tout le long du couloir comme si tout un groupe se déplaçait. Mais je ne voyais rien, je me retrouvais complètement aveugle : tout était plongé dans l’obscurité la plus totale et je n’avais plus une seule lampe de poche.

 – « Randy ! Tu crois sérieusement pouvoir me faire peur comme ça ? Arrête de me faire perdre mon temps ! » Criai-je, plus pour reprendre confiance en moi que pour vraiment le raisonner. Il se fichait de ce que je pouvais lui dire, il était trop heureux d’avoir le dessus. « Et si tu fais ne serais-ce qu’une seule égratignure à mon ordinateur, je te promets que ce sera bientôt toi le fantôme qui hantera cette foutue plantation ! » Ajoutai-je en tentant d’être aussi convaincante que possible.

Comme je n’obtins aucune réponse (et le contraire m’aurait étonné), je décidai de redescendre au rez-de-chaussé, là où je pourrais trouver de la lumière. Avec un peu de chances, la lune serait du côté des grandes baies vitrées de la véranda et je n’aurais qu’à attendre que Randy se lasse de son petit jeu et qu’il redescende déclarer forfait. Je n’aurais peut-être pas à dormir ici finalement ?

Sauf qu’en passant devant l’entrée, je fus persuadé d’entrevoir la silhouette du vieillard qui s’occupait tout à l’heure des rosiers. Il me semblait même entendre d’ici le bruit des lames de ses ciseaux frotter l’une contre l’autre… Il ne manquait plus que ce supposé jardinier soit de mèche avec Randy ! Il tenait vraiment à réussir sa blague, c’était la première fois que ses manigances ne se résumaient pas à jeter des œufs pourris sur la fenêtre d’un type qu’il détestait ou d’une fille qui lui avait mis un râteau plus tôt dans la journée. Dans le style œufs pourris, il aurait au moins pu avoir l’idée d’offrir un gâteau cuisiné avec ces «  joujoux » infâmes… Mais peu importe, il n’était pas question de cela. Je m’assis dans l’un des fauteuils de la véranda, tourné en direction de l’extérieur et attendis qu’il veuille bien se montrer.

Et il se fit prier… Plus le temps passait, plus je commençais à croire que j’avais rêvé ou bien que ces bruits étaient tout simplement lié au fait que cette bâtisse datait de deux siècles. J’allais m’en tenir à ces hypothèses lorsque je me souvins que mes affaires étaient toujours portées disparus. Elles n’avaient pas pu s’envoler toutes seules ! Je bondis du siège, vraiment remontée cette fois-ci mais je fus stoppé en cours de route par une lumière qui attira mon regard. Dehors au bout du grand jardin, une faible lumière s’échappait d’une des cabanes, autrefois les petites habitations des esclaves travaillant dans les champs de la plantation. Randy se payait ma tête ! Il n’avait quand même pas décidé de s’installer dans le jardin en attendant le moment où j’abandonnerais et rentrerais chez moi ? Si tel était le cas, il n’était vraiment pas discret.

Alors que je fixai la lueur jaune-oranger dans l’espoir d’apercevoir une ombre pouvant appartenir à Randy, je fus tirer de ma contemplation par des bruits de pas, puis par le son d’un objet métallique glissant contre le bois. Je repensais immédiatement au jardinier et à ses ciseaux, et cette fois-ci, je sentis véritablement la peur m’envahir. Je n’osais même pas me retourner, bien que je le sentais se rapprocher de moi. Le sang battait contre mes tempes, mon cœur menaçait de me déchirer la poitrine et chacune de ses pulsations semblaient résonner contre les murs et les vitres de la véranda dans un vacarme assourdissant. Ma respiration était saccadée et je me maudissais d’avoir voulu être plus maline que Randy en acceptant son stupide défi.

Soudain, je sentis les ciseaux frôler mon cou et je courus jusqu’à me coller contre la baie vitrée en poussant un cri strident. Mon effroi fut plus grand encore lorsque je ne vis personne devant moi. Pas de jardinier. Pas de ciseaux. Bon sang ! Étais-je en train de devenir folle ?! Si cela faisait toujours partie du plan de Randy, cela ne m’amusais absolument plus. J’avais un très mauvais pressentiment…

Je compris que cela n’avait plus rien à voir avec lui au moment où toutes les lampes à pétrole s’allumèrent en même temps, comme miraculeusement, juste sous mes yeux. J’entendais le plancher grincer à l’étage et plus encore que tout à l’heure, il semblait y avoir plusieurs dizaines de personnes qui marchaient juste au-dessus de moi. Je n’avais plus peur. J’étais épouvantée. Terrifiée. Ce devait être un rêve, ce ne pouvait pas être la réalité !

Je refusai de rester tétanisé et me jetai sur la porte d’entrée. Or, je ne parvins jamais à l’ouvrir. Alors je me mis à courir à travers toute la maison bien que je tremblais de tous mes membres jusqu’à la moelle de mes os et que je ne cessai de trébucher ou de glisser sur les tapis. Je finis par atteindre une autre porte mais au moment où je m’emparai de la poignée, je sentis une main saisir mes deux chevilles et me tirer violemment en arrière. Je basculai et m’écrasai de tout mon poids sur le plancher. Le choc me coupa la respiration durant quelques secondes, ce qui ne m’aida pas à reprendre mes esprits tandis que j’étais littéralement traîné à travers les pièces de la maison. Mes cris résonnaient comme un chant funeste et terrifiant, et rapidement, ils ne semblèrent même plus être les miens. Je tentai de me retourner pour enfin voir qui me pourchassait à défaut de pouvoir me libérer, mais à chaque tentative, je ne vis que mes jambes et mes pieds tendus en l’air sans rien pour les retenir : je ne pouvais pas croire ce qui était en train d’arriver.

Ce quelque chose continua de me traîner de pièces en pièces jusqu’à que ma tête heurte violemment l’une des tables basses. A ce moment-là, mes pieds retombèrent sur le sol et mon corps s’immobilisa. Je tentais de ramper mais j’étais trop sonnée pour vraiment bouger. Je n’avais plus de voix. Plus de forces. Et ma vision devenait de plus en plus trouble. J’entendis à nouveau le bruit de métal des ciseaux. J’étais paralysée par la peur, et en même temps, je rejoignais tout doucement la sérénité de l’inconscient. Je luttai tout de même pour garder les yeux ouverts. Et je vis les murs se recouvrirent de sang : d’abord de fines tâches, à peine visibles, puis des giclures de plus en plus importantes se transformant en tâches, et enfin, de longues traînées qui ressemblaient à celles de mains ensanglantées. Peut-être les miennes. Je ne sentais même plus mon corps, mon corps probablement en train d’être mutilé. Étais-ce mon sang ? C’était mon sang. Je me vidais de mon sang. Et je ne savais même pas qui était responsable de ce massacre. Je ne voyais rien. Je ne le verrais jamais. Et bientôt, je perdis connaissance…

Tout ça pour le défi le plus vieux du monde.

 *

Ce fut Liz qui vint me tirer d’un sommeil profond que j’eus grand mal à quitter. Je grognai, me retournai dans mon lit, tentai d’oublier sa présence en me cachant dans mes oreillers, mais elle ne cessait de répéter mon prénom, inlassablement.

 – « Alma, réveilles-toi ! ALMA ! Réponds-moi ! » Hurlait-elle à s’en briser les cordes vocales, et à m’en percer les tympans par la même occasion.

Je finis par émerger et reporter mon attention sur elle, réalisant que voir Liz complètement hystérique comme elle l’était en cet instant n’avait rien de normal. Liz était douce et calme. Elle ne criait pas. Elle ne paniquait pas. Elle gardait toujours un sang-froid remarquable.

– « Qu’est-ce qu’il se passe ? » Demandai-je en m’assaillant dans mon lit.

– « Alma, c’est horrible ! Mais qu’est-ce qu’il s’est passé cette nuit ? Qu’est-ce que tu fais ici ? » Continua-t-elle en tournant en rond au milieu de ma chambre. Elle avait vraiment l’air bouleversé et… épouvanté.

– « De quoi tu parles Liz ? J’étais chez moi cette nuit. C’est quoi le problème ? »

Pendant un instant, elle se tut et resta figé, intégrant progressivement l’information. Je jetai un coup d’œil à mon ordinateur, soigneusement disposé sur mon bureau. Et aucun sac ne traînait. Pas de lampes torche. Pas de piles. Rien… Puisque je n’étais pas sortie de chez moi.

 – « Tu n’étais pas à la plantation ? Randy t’avait donné ce défi, tu avais la clef, tu… »

– « Je sais mais j’y ai renoncé », la coupai-je. « Je n’y suis pas allée, Liz. Je lui ai rendis la clef, c’est lui qui l’a. Et maintenant tu vas m’expliquer ce qu’il se passe ? »

Elle vint s’asseoir au bord de mon lit, trop perturbée pour rester plus longtemps debout. Son visage était livide, presque valétudinaire, et je craignais qu’elle tourne de l’œil d’une seconde à l’autre. Ou éventuellement, qu’elle me vomisse son petit-déjeuner dessus.

– « C’est horrible, Alma… Et tu aurais pu y être, on t’aurait fais la même chose », sanglota-t-elle. Je commençais à perdre patience.

– « Dis-moi », fis-je d’un ton ferme.

– « Randy est allé à la plantation avec trois de ses amis. Apparemment, comme tu avais refusé son défi, il avait décidé d’en faire l’expérience lui-même. Sauf que… » Elle éclata en sanglots mais elle poursuivit : « Il y avait quelqu’un d’autre ! Alma, ils ont tous été tué. Pire ! Ils ont été massacré ! Il y avait du sang partout ! Par terre, sur les meubles, sur les murs… C’est monstrueux ! »

– « Comment c’est arrivé ? » L’interrogeai-je sans laisser paraître la moindre émotion. Au fond, je le savais déjà. Elle pleura un moment, puis se reprit en reniflant :

– « Des ciseaux. On les a mutilé, tranché… Avec des ciseaux. Des gros. Ceux qu’on utilise pour… Tu sais… Faire tailler des haies, ou je ne sais quoi encore », bafouilla-t-elle.

C’est là que je me souvins. Je pus enfin faire la différence entre le rêve et la réalité : les ciseaux, le sang… Ce n’était pas le mien. C’était le leur.

Et c’était moi.

– « Calmes-toi Liz, ça va aller », chuchotai-je en déposant une main amicale sur son épaule.

– « Randy est mort », pleurnicha-t-elle.

Je hochai la tête en réprimant un sourire…

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